« Datasure ne demande pas à être choisi parce qu’il est français. Il demande à être évalué parce qu’il constitue l’une des rares capacités françaises indépendantes disponibles sur un marché de plus en plus concentré. »
Tribune Par Florian de Vaulx, directeur général de Datasure, docteur en droit et ingénieur diplômé en informatique
Dans les grands systèmes d’information, le risque n’est pas tant d’avoir des dépendances technologiques. Il est de ne plus les choisir.
La recherche d’une autonomie stratégique ne signifie ni tout internaliser, ni exclure par principe toute technologie extra-européenne. Une telle approche serait confrondre l’autarcie avec une doctrine d’autonomie stratégique saine en ce qu’elle sait reconnaître avec pragmatisme les interdépendances inévitables du monde numérique.
Pour une organisation française aujourd’hui, l’enjeu est double : il s’agit d’abord et avant tout de comprendre (et faire comprendre en interne !) que le sujet de souveraineté numérique n’est pas une mode, mais bien un impératif qui s’impose désormais aux décideurs un minimum conscients des enjeux géopolitiques à l’œuvre.
Ensuite, l’enjeu consiste à connaître ses dépendances, à les hiérarchiser en fonction de la criticité des services concernés et à préserver une véritable capacité d’action : maîtrise opérationnelle, solutions de substitution, réversibilité, interopérabilité et contrôle des fonctions essentielles.
Ces exigences devraient s’appliquer avec une attention particulière à la confiance numérique.
Les services d’identité, de certification, de signature ou de conservation des preuves ne sont plus des composants périphériques. Ils déterminent qui agit, au nom de quelle personne ou organisation, à quel moment, sur quelles données et avec quelle valeur juridique.
Ils deviennent progressivement les racines de confiance des processus numériques, du KYC, de la facturation électronique, des échanges interentreprises, des systèmes automatisés et, demain, des portefeuilles européens d’identité numérique.
Dans le SI d’une grande organisation, ces briques techniques constituent presque toujours des noeuds clés des processus sans lesquels le reste ne peut pas fonctionner.
Une dépendance sur ces fonctions ne s’apprécie donc pas seulement au regard de la localisation des serveurs. Elle doit également être examinée à travers le contrôle capitalistique du fournisseur, la maîtrise de ses infrastructures, l’existence de certifications importantes pour prouver à la fois son expertise et sa conformité.
La consolidation renforce les plateformes, mais réduit le nombre d’alternatives
Il est clair aujourd’hui que le marché européen de la confiance numérique connaît une phase de consolidation accélérée.
Cette consolidation est compréhensible : elle semble permettre de réunir des équipes, de financer des acquisitions, de gagner rapidement des parts de marché et de construire des plateformes a priori capables de se déployer à grande échelle.
Elle répond aussi aux attentes de nombreux donneurs d’ordre pour lesquels la taille d’un fournisseur constitue, au premier regard, une forme de réassurance.
Mais la concentration du marché possède une autre conséquence : les certifications, technologies et savoir-faire autrefois répartis entre plusieurs entreprises indépendantes se retrouvent progressivement entre les mains d’un nombre plus limité de groupes.
Dans le même temps, beaucoup passent alors sous le contrôle de fonds extra-européen, souvent américain, soumis à un droit non européen et à portée extraterritoriale, qui ne cesse d’entrer en conflit avec nos valeurs et avec le droit européen. Une technologie peut continuer à être développée et opérée en Europe tout en voyant son centre de décision stratégique et ses objectifs financiers ou politique évoluer bien loin de l’Union européenne.
Ces opérations doivent conduire les grandes organisations à se poser une question simple :
Combien d’alternatives réellement indépendantes restent disponibles, tandis que certaines fonctions de confiance sont devenues indispensables à l’ensemble de nos processus numériques ?
La maîtrise d’une dépendance ne devrait pas se préparer au moment où celle-ci devient problématique : n’est-il pas alors déjà trop tard ?
Une solution de substitution qui n’a jamais été évaluée, intégrée, contractualisée ou testée n’est pas encore une solution de substitution. La réversibilité est une capacité technique et organisationnelle qui se construit bien avant d’être utilisée.
Datasure, une trajectoire construite indépendamment des mouvements du marché
Datasure a suivi une trajectoire atypique.
Alors que le marché regarde naturellement vers les concentrations, les grands groupes et les levées de fonds massives, Datasure a progressivement construit sa propre route en bootstrapping, par son expertise, ses certifications et ses produits en toute autonomie.
Datasure s’est construit par ses propres moyens et indiscutablement grâce à son expertise des services de confiance, dans la compréhension fine à la fois des exigences réglementaires et des infrastructures techniques nécessaires à opérer ses services. Nous avons créé une capacité concrète, résiliente et indépendante, que certains grands groupes eux-même n’arrivent pas à construire.
Par ailleurs, cette indépendance n’est pas une posture commerciale apparue avec la popularisation du débat sur la souveraineté numérique. Elle se trouve dans l’ADN même de l’entreprise depuis ses débuts.
Pendant près de sept années, parallèlement au développement de Datasure, le fondateur Florian de Vaulx a mené des recherches universitaires sur la souveraineté numérique, les risques juridiques liés aux dépendances extra-européennes et les conditions d’une véritable autonomie stratégique.
Ces travaux affiliés à Datasure, engagés bien avant que le sujet ne devienne un thème central, ont conduit à la soutenance d’une thèse de doctorat en droit le 16 juin dernier à l’Université de Strasbourg intitulée :
« Souveraineté numérique – L’autonomie stratégique pour l’effectivité des valeurs ».
Cette double culture d’ingénieur et de juriste irrigue directement l’organisation et les produits de Datasure. Sa culture d’entreprise s’en empreigne fortement, ainsi que ses valeurs : l’autonomie stratégique n’est en effet pas que technique, elle aussi dépositaire d’un objectif axiologique : celui de protéger les valeurs françaises et européennes dans un monde de plus en plus violent, soumis à des instabilités géopolitiques croissantes.
Nous pourrions résumer notre approche par l’expression Sovereignty by design, ou autonomie stratégique dès la conception.
Il est toujours plus simple de préserver la maîtrise d’une architecture dès sa création que d’essayer de la récupérer après plusieurs années d’intégration, d’externalisation et d’accumulation de dépendances.
De nombreuses organisations doivent aujourd’hui engager des transformations longues, coûteuses et complexes pour retrouver une maîtrise partielle de leurs systèmes d’information. Datasure a, dès l’origine, cherché à éviter la création de dépendances irréversibles dans sa gouvernance et ses infrastructures.
L’indépendance n’a de valeur que si elle peut être industrialisée
Être français et indépendant ne suffit pas.
Une solution ne réduit véritablement les dépendances technologiques de ses clients que si elle peut offrir un niveau de sécurité, d’intégration et de résilience compatible avec les exigences des grands systèmes d’information.
Le principal enjeu de Datasure est désormais d’industrialiser à grande échelle les capacités développées et consolidées au cours des dernières années.
Les services de confiance doivent pouvoir être utilisés comme de véritables composants industriels :
- intégrés par API dans les parcours métiers ;
- supervisés en temps réel ;
- soumis à des engagements mesurables de disponibilité ;
- dimensionnés pour absorber des volumes extrêmement importants ;
- accompagnés de dispositifs durcis de continuité et de reprise ;
Cette industrialisation ne consiste pas seulement à augmenter les capacités d’une plateforme SaaS.
Pour certaines organisations critiques, opérant des systèmes d’information particulièrement complexes, la maîtrise du run et du périmètre technique peut justifier des architectures plus spécifiques.
Le choix ne devrait pas être limité à deux options insatisfaisantes : dépendre intégralement d’une plateforme externe fermée ou reconstruire en interne l’ensemble des fonctions d’un prestataire de services de confiance qualifié.
Des architectures intermédiaires sont possibles.
Datasure travaille notamment sur des modèles hybrides permettant de déployer certaines briques d’orchestration, de validation, d’intégration ou de gestion des preuves directement dans le périmètre maîtrisé du client, tandis que les opérations relevant du service qualifié demeurent sous la responsabilité et le contrôle du prestataire qualifié.
Cette approche peut permettre aux opérateurs de systèmes critiques :
- de conserver la maîtrise de certaines données ou fonctions ;
- de rapprocher les composants applicatifs de leurs infrastructures ;
- de limiter la surface de dépendance externe ;
- de faciliter la continuité ;
- d’éviter une architecture intégralement monolithique.
L’objectif n’est pas de transférer artificiellement les obligations réglementaires au client, mais de construire une architecture adaptée à la criticité réelle de son système d’information.
Construire la confiance avant de la vendre
Dans le domaine de la confiance numérique, la crédibilité ne peut pas être seulement proclamée, comme malheureusement trop souvent sur le marché. Elle se construit par la maîtrise réelle des normes et la capacité à articuler les contraintes juridiques avec les réalités techniques.
Datasure est régulièrement sollicitée par de grandes organisations pour intervenir comme expert dans la conception d’architectures de services de confiance : cette capacité à intervenir en amont des projets apporte une légitimité particulière.
Elle oblige à comprendre le besoin du client dans son ensemble plutôt qu’à le réduire aux limites d’un produit existant. Elle permet également de concevoir des solutions cohérentes avec ses processus, son organisation, son niveau de risque et ses exigences de continuité.
Mais l’ambition de Datasure n’est pas seulement d’être l’expert que l’on consulte lorsque le sujet devient complexe. Elle est de devenir un acteur industriel de référence pour les organisations qui souhaitent réellement réduire leurs dépendances sur les fonctions de confiance.
Plusieurs grandes maisons aussi différentes que variés ont déjà choisi de faire confiance à Datasure pour ses services ou son expertise, pour en citer quelques unes : Index Éducation, éditeur de PRONOTE, le musée du Louvre, Bolloré SE, Paragon ou encore Alice & Bob.
La diversité de ces organisations est révélatrice.
Éducation, culture, industrie, services documentaires ou informatique quantique : les besoins diffèrent, mais tous reposent progressivement sur les mêmes exigences fondamentales de preuve, d’identité, d’origine, d’intégrité et de traçabilité, le tout dans un contexte d’autonomie stratégique pris en compte à la conception.
eIDAS 2 : apporter des preuves plutôt que des promesses
La souveraineté et la confiance numérique sont parfois utilisées comme une promesse difficile à mesurer.
Dans le domaine des services de confiance, les qualifications eIDAS permettent d’objectiver une partie de la capacité réelle d’un opérateur : la liste nationale de confiance permet de consulter ces acteurs.
Datasure figure parmi les très rares prestataires français ayant obtenu les nouvelles qualifications eIDAS v2 relatives à la gestion à distance des dispositifs de création de signature électronique qualifiée et de cachet électronique qualifié.
Ces certifications, issues des évolutions introduites par le règlement eIDAS révisé (eIDAS v2), nécessitent de réunir des compétences juridiques, organisationnelles, cryptographiques et opérationnelles particulièrement exigeantes.
Le fait qu’un acteur encore discret parvienne à obtenir ces certifications aux côtés d’organisations disposant de moyens beaucoup plus importants constitue une démonstration concrète de sa capacité technique et réglementaire. Une certification n’est cependant ni un trophée ni une fin en soi.
Elle ne prend tout son sens que lorsqu’elle permet d’industrialiser des services, de les intégrer dans les processus métiers et de fournir aux organisations une alternative crédible et exploitable à grande échelle.
Notre prochain enjeu : rendre visible une capacité qui existe déjà
Datasure a longtemps été mieux connue des experts PKI, des auditeurs, des responsables conformité et des équipes spécialisées dans les services de confiance que des grandes directions générales et technologiques.
Ce déficit de visibilité est désormais l’une de nos principales limites.
Une solution indépendante, même qualifiée et techniquement mature, ne peut contribuer à l’autonomie stratégique européenne que si elle est identifiée par les grands donneurs d’ordre, évaluée dans leurs consultations et intégrée dans leurs architectures cibles.
Après plusieurs années consacrées à la consolidation de ses produits, à l’obtention de nouvelles qualifications par l’ANSSI et à la constitution d’un noyau dur de collaborateurs investis, Datasure entre en 2026 dans une nouvelle phase.
L’entreprise va renforcer son industrialisation, structurer davantage la démonstration de sa résilience et rendre plus accessibles ses capacités techniques.
Elle va également déployer une stratégie de visibilité plus ambitieuse : refonte de sa communication digitale, publication de contenus de référence, présentation plus détaillée de ses architectures, valorisation de ses cas d’usage et participation accrue aux débats sur l’autonomie stratégique et la confiance numérique.
Cette transformation de notre communication ne sera pas une opération cosmétique. Elle va rendre visible ce que notre écosystème d’experts connaît déjà : Datasure dispose de produits, de qualifications ANSSI et d’une expertise dont la maturité dépasse largement sa notoriété actuelle.
Préserver une capacité française avant qu’elle ne devienne indispensable
Pour les grands groupes, travailler avec Datasure ne devrait pas être envisagé comme une faveur accordée à une entreprise française ni comme l’application mécanique d’une préférence nationale.
Datasure doit être évaluée comme n’importe quel acteur industriel :
- sur la sécurité de ses services ;
- sur la qualité de son exploitation ;
- sur sa résilience ;
- sur son niveau de conformité ;
- sur sa capacité d’intégration ;
- sur ses engagements de continuité ;
- sur sa réversibilité ;
- sur sa capacité à accompagner un passage à l’échelle.
Mais l’analyse doit aussi intégrer le coût stratégique de la dépendance et la valeur que représente le maintien d’une alternative indépendante.
Pour une grande organisation, Datasure peut être davantage qu’un fournisseur supplémentaire. Elle peut constituer :
- une option de second sourcing ;
- une capacité française qualifiée ;
- une brique d’architecture évitant une dépendance monolithique ;
- un partenaire réellement capable d’adapter ses produits à des contraintes complexes ;
- un actif stratégique contribuant à la maîtrise des fonctions numériques critiques.
L’enjeu n’est pas de multiplier sans discernement les prestataires. Une accumulation de petites solutions non coordonnées créerait elle-même de nouveaux risques et une nouvelle dette technologique.
Il s’agit de préserver un nombre raisonnable d’alternatives solides, interopérables, qualifiées et capables de fonctionner à grande échelle.
Datasure ne demande pas à être choisi parce qu’il est français. Il demande à être évalué parce qu’il constitue l’une des rares capacités françaises indépendantes disponibles sur un marché de plus en plus concentré.
Les alternatives stratégiques doivent être identifiées, testées et industrialisées avant les crises, les changements de contrôle ou les augmentations abusives de coûts. Ces enjeux seront demain toujours plus au cœur des décisions stratégiques des organisations françaises. On pourrait en conclusion les résumer ainsi : « Ne plus subir, et rester libre ».



